Née en 1978 à Washington (États-Unis)

Biographie

Marwa Arsanios est née en 1978 à Washington aux États-Unis, dans une famille de la classe moyenne libanaise ; sa mère est diplomate et son père avocat. Elle grandit à Beyrouth à partir de 1980, et ses parents l’encouragent à entreprendre des études artistiques. En 2001, elle obtient un diplôme de théâtre et se forme au métier de graphiste qu’elle exerce pendant quelques années, créant notamment des affiches pour des associations féministes dans lesquelles sa mère est engagée. Sa passion pour le dessin la conduit à s’inscrire à l’University of the Arts de Londres pour suivre des cours au Wimbledon College of Art, qui propose cette spécialité. L’enseignement dispensé est fondé sur l’échange et la collaboration, conduisant Marwa Arsanios à créer en 2007, année de l’obtention de son diplôme, le projet itinérant Platform Translation avec plusieurs collègues. Entre 2008 et 2012, des expositions, projections et tables rondes ont lieu à Athènes, Santiago du Chili, Rome, Beyrouth et Berlin [1]. La dimension collaborative est également au cœur du programme de la Jan Van Eyck Academie de Maastricht où Marwa Arsanios est reçue en 2011. Elle s’y familiarise avec les méthodes de la recherche en art, approfondit les bases théoriques de son travail, et lit de nombreux textes féministes [2].


La pratique artistique de Marwa Arsanios se fonde surtout sur une recherche à partir d’archives et sur le terrain. Le plus souvent, son travail s’organise par projets rassemblant des travaux complémentaires autour d’une thématique commune, et développés sur plusieurs années. À ses débuts, elle s’intéresse à l’histoire de bâtiments modernistes, et à des plans urbanistiques au Liban, comme dans Carlton Hotel (2008), All About Acapulco (2010-2011) et After Doxiadis (2013), qui prennent la forme d’installations incluant des maquettes architecturales ainsi que des reproductions de documents d’archives, des photographies ou des créations textiles. Complétant ce travail et témoignant de l’évolution de l’artiste, qui s’éloigne du dessin au profit de la vidéo, I’ve Heard Stories (2008) et I’ve Heard 3 Stories (2011) associent des images d’animation à des prises de vues réelles pour mettre en scène des récits relatifs à ces bâtiments. Cette recherche sur l’architecture et sur la ville ouvre de nouveaux questionnements, liés aux utopies non réalisées du modernisme arabe : c’est le cœur du projet le plus foisonnant de l’artiste débuté en 2011, Al-Hilal, qui rassemble des œuvres en lien avec le magazine culturel égyptien du même nom dans les années 1950 et 1960. À travers une multiplicité de médias, dont des performances, des vidéos, et un livre d’artiste, le projet Al-Hilal constitue une enquête sur le langage et la rhétorique du nassérisme, avec un intérêt particulier pour les modes de représentation des femmes dans le magazine. Plus récemment, Marwa Arsanios s’est penchée sur des problématiques environnementales, notamment dans un projet lié à la crise des ordures à Beyrouth (2015) qui a donné naissance à plusieurs pièces exposées au Hammer Museum de Los Angeles en 2016, dont la vidéo Falling is not collapsing, falling is extending (2016-2017). Actuellement, Marwa Arsanios prépare un film sur les mouvements de femmes au Kurdistan, et elle débutera prochainement une recherche doctorale sur ce sujet à l’Akademieder bildenden Künste de Vienne.


Les thèmes politiques qui sont au cœur du travail de Marwa Arsanios, comme les utopies, les féminismes, l’écologie, la culture et la langue arabes, résonnent avec la programmation de 98Weeks, une plateforme de recherche et d’activités artistiques qu’elle cofonde à Beyrouth en 2007 avec Mirene Arsanios, curatrice et critique d’art. Toutes les quatre-vingt-dix-huit semaines, 98Weeks propose d’aborder un nouveau sujet au cours de discussions publiques, d’ateliers, d’expositions, d’émissions de radios et de groupes de lecture [3]. 98Weeks publie également depuis 2014 la revue Makhzin [4].


Les publics internationaux ont pu découvrir le travail de Marwa Arsanios dans des expositions comme les biennales de Thessalonique (2015), d’Istanbul (2011) et de Venise (2013), ou encore le Jerusalem Show à Jérusalem Est (2012), et plusieurs éditions de Home Works à Beyrouth (2010, 2013 et 2015). Sa première exposition personnelle a lieu en 2012 dans les espaces de la Jan Van Eyck Academie, et la deuxième à la Kunsthalle Lissabon à Lisbonne (2015). Suit une autre exposition personnelle, à Art in General à New York (2015) où elle présente, sous une forme hautement scénographiée, plusieurs œuvres du projet Al-Hilal. Cependant, Marwa Arsanios affirme avoir peu d’intérêt pour le format de l’exposition en lui-même [5], et privilégie des alternatives comme les performances (notamment au Pinchuk Art Center à Kiev en 2012, et à la Kunsthaus de Hambourg en 2015), les projections de films (comme au Forum Expanded de la Berlinale, Berlin, en 2011 et 2015, et au Centre Pompidou, Paris, en 2011 et 2017), ainsi que les prises de parole [6].


Les voyages conditionnent en grande partie le travail de Marwa Arsanios, que ce soit pour les besoins de ses recherches, pour la production de ses pièces, ou pour bénéficier de résidences comme celles de Tokyo Wonder Site au Japon (2010), et de l’Akademie Schloss Solitude à Stuttgart (2014). Néanmoins, Marwa Arsanios vit la plupart du temps à Beyrouth, avec le projet de s’installer à Berlin.




Nadine Atallah, 2017




[1] Le terme de traduction présent dans l’intitulé du projet Platform Translation renvoie aux transpositions et aux adaptations impliquées par le déplacement du travail des artistes entre chaque lieu de production et de monstration.
[2] Parmi ces lectures figurent des textes de Rosi Braidotti, de Paul B. Preciado et d’Ursula K. Le Guin.
[3] Pour plus d’informations, voir : 98weeks.net (dernière consultation le 10.06.2017). Le projet 98Weeks est actuellement en suspens.
[4] Voir : makhzin.org (dernière consultation le 10.06.2017).
[5] Source : entretien téléphonique avec l’artiste (Beyrouth, Paris, 29 mai 2017).
[6] Par exemple, lorsqu’en 2016 le Witte de With de Rotterdam invite Marwa Arsanios à proposer un travail en lien avec l’histoire de leurs expositions, elle organise une table ronde en réponse à la série « Contemporary Arab Representations » initiée par Catherine David en 2001. Une captation vidéo est disponible en ligne : youtu.be/V3kLEbRLKCg (dernière consultation le 10.06.2017).