Performer / Audience / Mirror est une performance. L'oeuvre s'ouvre sur une image inversée, qui se redresse. Dan Graham apparaît. Il parle. Face à lui, le public est assis par terre. Derrière lui, mais face au public, un miroir se dresse. Les spectateurs peuvent se voir eux-mêmes, comme ils peuvent voir Dan Graham simultanément de face et de dos. Durant la performance, le cadre varie, d'un plan serré sur l'artiste au plan large sur le groupe. La construction performeur-miroir nous renvoie - tout en s'y opposant - à la perspective du Quattrocento. Le miroir devient un moyen de réintroduire l'image. Le public a le choix entre l'illusion du reflet et la réalité du performeur. Comme l'écrit Dan Graham : "Dans la mesure où le langage intervient, on peut opposer le miroir, dispositif visuel silencieux - on fixe le miroir et on se laisse guider par l'imagination -, au langage qui lui est un dispositif symbolique et social." 1 Dan Graham décrit les personnes présentes dans la salle. Le public reste silencieux. Il décrit les gestes, la description suppose une certaine objectivité. Mais elle est aussi description d'une personne. De même, le public en se regardant dans le miroir constitue un apport objectif, mais le regard, sur la surface, fait des choix subjectifs. Dan Graham joue de ce paradoxe. La parole du performeur est spontanée. L'immédiateté de l'action renvoie à une impossibilité de prévoir ce qui va se passer. Cette spontanéité rapproche l'artiste du public. L'oeuvre est basée sur cette recherche du présent partagé, d'un souhait d'adhérer le plus possible à l'instant présent. Pourtant, note Dan Graham, "tout montre le contraire. La position du public est différente de la mienne, ils peuvent voir que ma description vient après coup, que mon interprétation est différente de la leur. Quand je les décris, ils peuvent se voir dans le miroir et se rendre compte qu'en fait ils ne sont pas tels que je les ai décrits. Ils peuvent même s'influencer les uns les autres en se regardant dans le miroir tout comme moi-même je peux influencer par des paroles qui orientent leur conduite dans une certaine direction" 2.
Le miroir apparaît ici comme un resserrement des relations spectateur / artiste, il diminue et rend confuses les limites entre le performeur-sujet et le public-objet. Dans les années qui vont suivre, les pavillons-sculptures en verre et miroir vont développer ces intentions en assignant au spectateur le rôle du regardeur / regardé. Déjà, en 1974, Dan Graham effectuait une performance intitulée Performer / Audience Sequence où, face au public, il se décrivait lui-même avant de décrire le public.

Dominique Garrigues

1 Dan Graham, Ma position. Ecrits sur mes oeuvres, Villeurbanne, Le Nouveau Musée - Institut / Les Presses du réel, 1992, p. 98.
2 Id.